Premier constat : le fameux « ruban » de la nouvelle interface, est sans doute très agréable pour un novice qui peut s’orienter intuitivement dans de meilleures conditions qu’avec les versions précédentes.
Pour l’utilisateur « averti » ou « avancé », le constat est bien plus mitigé. La modification de l’interface fait perdre tous les repères acquis et enrichis depuis les premières versions de Word, Excel ou Powerpoint. Il en résulte une réelle perte de performance à l’utilisation, tant la recherche des commandes dans le ruban est différente de l’ancienne hiérarchie des menus.
Déception
Alors, se dit-on, l’utilisateur averti peut utiliser la « barre de lancement rapide » comme il utilisait les barres personnalisées des versions précédentes. Effectivement, cette barre permet de stocker et organiser les icônes des commandes les plus fréquemment utilisées.
Mais quelle déception ! Après une quarantaine de commandes, la barre conserve sa linéarité et les icônes additionnelles ne sont accessibles que par une extension : elles ne sont donc pas affichées en permanence à l’écran.
Contrariété
La déception se transforme en contrariété lorsqu’il s’agit de retrouver les outils personnels développés avec les versions antérieures.
Avec Office 2003, j’avais développé une panoplie de tels outils, propres à me faciliter la tâche comme des barres personnalisées où, selon me besoins, je positionnais mes commandes favorites. Par exemple, dans Excel, un accès direct à «Coller les valeurs» et à «Coller le format» que j’utilise fréquemment et dont l’accès passe par un menu intermédiaire, de même que l’insertion de cellules, de ligne, etc.
J’avais aussi créé des macros très rudimentaires, particulièrement utiles pour les innombrables tâches répétitives. Ainsi, effectuer une mise en page standardisée lors de la création d’une nouvelle feuille de calcul devient une macro personnelle, dont la création ne nécessite aucune connaissance de la programmation puisqu’il suffit d’enregistrer une série d'actions.
Une autre utilisation des macros consiste à créer des boutons spécifiques dans la barre personnelle de Word, pour obtenir certains caractères spéciaux, tels que les majuscules accentuées. (Rappelons que pour la langue française les accents ne sont pas facultatifs sur les majuscules : l’absence des accents n’a été tolérée qu’en raison de la difficulté de les produire avec les machines à écrire mécaniques).
Lorsque j’ouvre un document Word, j’ai toujours à ma disposition cette barre personnelle
où j’accède en un seul clic au majuscules accentuées, aux caractères spéciaux les plus courants («e dans l’a», «e dans l’o», espace insécable, tiret insécable, etc.).
Stupeur
Pour retrouver mes outils habituels, j’ai donc fait le tour de Word et d’Excel. J’ai épluché tous les recoins du «ruban», posé des dizaines de questions à l’aide en ligne. Et je n’ai rien trouvé.
J’ai alors poursuivi mes recherches sur l’Internet, interrogé les moteurs habituels, scrutés les forums, et là… stupeur : les barres d’outils personnalisées ne font plus partie des produits Microsoft. Non seulement elles ont été supprimées, mais en plus, Microsoft justifie cette évolution rétrograde comme s’il s’agissait d’un bien pour l’Humanité.
Le responsable semble être un certain Jensen Harris, l’un des patrons de la « Microsoft Office User Experience Team ». Cette équipe est en charge de la conception globale de l’interface des programmes d’Office. Il publie un blog très complet sur ces activités, où il avoue ses méfaits (http://blogs.msdn.com/jensenh/default.aspx).
Selon Jensen Harris, la personnalisation de l’interface était très complexe à gérer. Pour créer un nouvel habillage, il fallait tenir compte «d’un cadre ultra personnalisable où vous ne pouvez jamais prédire où se trouve une fonction, et comment elle peut être présentée à l’utilisateur». Mais il s’agit là d’une préoccupation de concepteurs et de programmeurs. Et les utilisateurs, qu’en pensent-ils ?
Microsoft a étudié le comportement de ses clients. Il en ressort que sur les centaines de millions d’utilisateurs, seules 2% des sessions utilisent la personnalisation, et seulement 15% d’entre elles pour plus de 4 commandes. L’alibi était donc trouvé : pas la peine de se décarcasser pour si peu de monde (voir http://blogs.msdn.com/jensenh/archive/2006/06/27/648269.aspx)
Colère
Si l’on estime que le nombre d’utilisateurs d’Office est de l’ordre de 400 millions, la personnalisation est donc pratiquée, selon Microsoft, par "seulement" 1,2 million de personnes, dont l’activité est donc considérée comme négligeable.
Cela est d’autant plus étonnant, qu’en termes de volume d’utilisation, ces personnes représentent certainement une proportion bien plus importante puisqu'il s'agit des utilisateurs les plus avertis.
Pour résumer le raisonnement de notre ami Jensen : puisque la plupart des clients utilisent Office de façon ponctuelle et rudimentaire, simplifions la conception, et tant pis pour ceux qui l’utilisent en permanence.
Cette manière de traiter les clients me met en colère.
Et cela d’autant plus qu’elle montre de la part de Microsoft un incroyable mépris pour l’ensemble de son marché et de ses partenaires. Après avoir passé des années à imposer aux éditeurs de logiciels, une interface unifiée (les menus déroulants de Windows), et à habituer les clients à cette interface standardisée, les équipes de Jensen décident unilatéralement d’abandonner cette interface au profit d’un ruban insipide.
Et à l’heure où la plupart des éditeurs proposent des fonctions de personnalisation de l’interface, voilà Microsoft qui décide de revenir à l’option unique. Une évolution à contre courant total des tendances actuelles.
Inquiétude
Cette évolution de la suite bureautique de Microsoft est aussi un signe inquiétant d’une sorte de « pensée unique » imposée par Microsoft avec ses logiciels.
Après PowerPoint et ses « modèles » que l’on retrouve dans toutes les conférences, leur mise en page uniformisée et la structuration figée de la pensée...
Après les sempiternels petits bonshommes noirs de la bibliothèque de « cliparts »...
Après l’apostrophe mal gérée par le même PowerPoint, et l’espace qui le précède par défaut dans toutes les diapositives...
Voilà le ruban auquel vous ne pouvez pas toucher, pour ne pas déranger l’aspect des fenêtres bien organisées par l’équipe de développement de Redmond.
«Mais si», répond Microsoft, vous pouvez personnaliser le ruban. Cela est toutefois réservé aux développeurs comme l’expliquent trois longs articles du site MSDN (http://blogs.msdn.com/jensenh/archive/2006/06/27/648269.aspx) qui détaillent comment écrire des ajouts (add-ins) COM, ou des extensions en XML. Pas vraiment à la portée d’un utilisateur bureautique même averti.
Une lueur d’espoir
Devant cette situation un développeur a eu l’idée astucieuse de créer une extension du ruban qui permet de retrouver une certaine souplesse de personnalisation. Celle-ci est disponible en version de démonstration sur le site http://pschmid.net/index.php.
Certes, le produit RibbonCustomizer est payant (Patrick Schmid le facture 29,99 euros) mais il permet de retrouver un peu de souplesse, même si certaines limites subsistent, imposées par Microsoft. Ainsi, il n’est pas possible de modifier, ou de supprimer, le nom des icônes.
Et voici mon onglet personnel dans le ruban de Word 2007 :
C’est toujours mieux que rien.
On peut maintenant espérer que d’autres solutions verront le jour, peut-être plus évoluées et plus souples.
Quant à imaginer le retour de la personnalisation «made in Microsoft», mon «ami» Jensen Harris l’exclut catégoriquement dans son blog.






3 commentaires:
Je partage totalement votre déception, contrariété, stupeur, inquiétude et surtout colère face au Ruban d'Office 2007. Auriez-vous trouvé des "solutions" de personnalisation depuis ?
Merci.
Guy
Je comprends votre déception, car c'est vrai que les experts Office on tdu mal avec le ruban proposé par Office 2007.
Cependant, il est souvent meconnu que ce ruban est facilement personnalisable. C'est à la portée de tous comme le démontre ce turorial de XaMaLa qui permet de créer son propre ruban en moins de 15 minutes :
http://blogs.microsoft.fr/franckha/archive/2007/06/12/60626.aspx
Merci à XaMaLa pour son tutorial.
Cependant, le moins qu'on puisse dire, c'est que ça n'est pas aussi facile qu'avec les versions précédentes. Acommencer par la nécessité de comprendre un minimum la syntaxe XML.
Quant à disposer d'une barre de menu personnalisée, toujours visible, pour y disposer les dizaines de macros personnelles utilisées quotidiennement : il vaut mieux ne pas y penser.
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